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Stable Unstable, premier long-métrage du libanais Mahmoud Hojeij (31/01/2014)

Stable Unstable passe la société sur le canapé d'un psychothérapeute et invite le spectateur à une séance à la fois drôle et dramatique.

A quelques heures du passage à une nouvelle année, l'ascenseur d'un immeuble cossu de Beyrouth ne cesse de fonctionner. Livraisons, va et vient des habitants... et visiteurs un peu particuliers qui s'arrêtent au 6ème étage. Ceux là ont rendez-vous avec leur psychothérapeute (Camille Salamé). L'occasion pour le réalisateur Mahmoud Hojeij de nous parler des interrogations qui agitent la société dans un film à la fois dramatique et humoristique.

Le médecin nous tourne le dos, occupant une partie de l'écran. Yara (Nada Abou Farhat) inaugure cette série de rendez-vous. Amoureuse de deux hommes à la fois, celle qui n'a pas passé une nuit seule depuis trois ans se demande pourquoi elle se sent toujours aussi vide à l'intérieur... face à une camera résolument fixe. Un parti pris du réalisateur : « J'aime regarder les choses de manière stable. Ici, je place le spectateur au même niveau que le psychologue ou le réalisateur ».

Pendant la majorité du film, les scènes alternent entre le cabinet du spécialiste et l'ascenseur qui y mène : « Un endroit parfait pour observer la société libanaise », raconte Mahmoud Hojeij. Le titre arabe du film, différent du titre anglais, signifie d'ailleurs « Up and Down », comme les mouvements de l'ascenseur. Le spectateur peut alors épier par la lorgnette des personnages qui se laissent aller le temps d'un court instant à pousser la chansonnette, à se recoiffer, à s'interroger à haute voix, face au miroir qui les reflète.

Tout le talent de Mahmoud Hojeij est de réussir pendant 90 minutes à faire participer le spectateur à cet étrange huis-clos tout en l'incitant à s'interroger avec ses personnages sur des thèmes comme la sexualité, l'isolement, la famille. Scènes courtes et monologues des patients s'enchaînent grâce à un chef d'orchestre ; le psychothérapeute, lui même poussé à la remise en cause à la fin du film.

Plus habitué des documentaires que la fiction, celui qui signe son premier long-métrage a su créer un film libanais au questionnement universel, loin de l'image de la guerre civile qui hante le 7e art de son pays : « Je voulais montrer les Libanais tels qu'ils sont aujourd'hui », explique-t-il.

Produit par la maison de production de Georges Choucair, Abbout Productions, il aura fallu trois ans de l'écriture à la post-production pour faire naître Stable Unstable : « On a pris notre temps », reconnait Mahmoud Hojeij. Trois années également nécessaires pour récolter les fonds avec l'aide du Doha Film Institute et du Fonds arabe pour les arts et la culture (AFAC). En choisissant de rester au Liban, « le pays où je suis né, le pays que je connais, le pays où je veux travailler », Mahmoud Hojeij souhaite participer à la création d'une vraie industrie cinématographique libanaise : « Pour cela, il faudrait 10 bons films libanais par an. Cette année, nous atteindrons les huit, nous y sommes presque » explique-t-il, confiant.

Le plus gros défi reste aujourd'hui de trouver un public : « Au Liban, nous devons encore convaincre les gens de venir voir des films libanais et pas seulement des grosses productions hollywoodiennes ». Pour cela, le casting du film met à l'affiche des stars du petit écran, avec un ultime argument : « Venez-le voir parce qu'il est bon, pas parce qu'il est Libanais ».

Coline Charbonnier // Euromed Audiovisuel