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e muet - Critique L'Expression (18/09/2014)

E muet traite du rapport homme/femme de façon nettement plus décomplexée, la fracture psychologique est d'autant plus évidente qu'elle se noie peut-être dans un trop plein de tragique d'un pays qui n'a cessé de connaître des drames. Il s'agit du Liban, pays des milles contradictions, de la musique mielleuse et des femmes chanteuses refaites de toutes pièces et où les sentiments sont souvent exacerbés entre mort et vie, amour et haine que charrient les multiples guerres civiles. Un pays qui vit comme sous une bombe de retardement et choisi parfois de vivre les choses intensément bien que d'une façon éphémère, mais en prônant l'instant présent avant tout car ne sachant ce qu'adviendra demain.

Un cliché redondant, cette pensée, certes, mais qui se reflète souvent dans le mode de vie de certaines personnes libanaises, notamment ces deux filles que la réalisatrice Corine Shawi a choisi de suivre pendant trois ans. Son angle d'attaque suit le prisme des amours brisés, des relations frivoles sans lendemain qui chantent...Le portrait esquissé que fait la réalisatrice de ces femmes, épouse son esthétique qui se veut passer d'un extérieur lumineux aux intérieurs larmoyants et mélancoliques, chagrin, à la joie exubérante sans sourciller, dont l'un nourrit l'autre dans une sorte d'équilibre bizarre, mais témoigne d'une fragilité certaine et des incertitudes de ces femmes.

Au-delà de la prise de parole intime qui se délie plus au moins facilement, le film de Corine Shawi a tendance à verser parfois dans le patos mélodramatique n'était la fraîcheur de ces filles perdues qui viennent rattraper la lenteur qui s'en dégage, mais cela pourrait refléter aussi l'état d'infiniment délicatesse que sont finalement les êtres amoureux, prêts à se casser comme des poupées de porcelaine lorsqu'elles tombent dans le néant du vide, mais fort heureusement le film ouvre une brèche d'espoir avec ces sourires rebelles de ces femmes qui ne sont pas près d'abandonner leur soif de vivre, en dépit de tous les malheurs. Car elles pourront un jour dire, j'ai vécu, j'ai aimé vraiment, j'ai connu ce que d'aucuns n'ont pu savoir, même si le silence pesant s'apparente encore aujourd'hui à un enfer...

Le film de Corinne Shawi est tendre, triste, rehaussé de gros plans qui vous fait d'office pénétrer dans l'âme déchirée de ces femmes à travers des regards lancinants. Rien de spécial, ce film aussi n'était le langage cinématographique qui vient vous susurrer des choses vaporeuses, fait d'un esthétisme poétique qui se révèle à vous comme nombre de caresses interrompues mais salutaires... Aller de l'avant est peut-être la solution.

O. HIND // L'Expression - Le Quotidien