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Nadine Labaki, une femme qui ose (19/11/2011)

Plus réputée pour ses comédies - on se souvient du succès de Caramel, et récemment de Et maintenant on va où?, la réalisatrice, actrice reconnue au Liban revient dans un registre inattendu pour elle : celui d'un drame avec les prémices de la guerre civile libanaise en toile de fond. Surprenante.

Au Festival du Film Francophone d'Angoulème 2011, le jury ne s'est pas trompé qui a décerné à Nadine Labaki le Prix d'interprétation féminine pour Balle perdue, le drame de Georges Hachem,. L'histoire d'une jeune femme largement en âge de se marier et qui, l'été 1976, dans une banlieue nord de Beyrouth qui connaît les prémices de cette guerre civile qui va ravager le pays, décide, quinze jours avant la cérémonie, de refuser cette noce. Au grand dam des siens et de ses proches. Une décision qui va faire éclater le noyau familial et la plonger dans un désarroi psychologique total au moment même où son pays bascule doucement vers le chaos.

Ce Liban auquel elle reste viscéralement attachée. Récemment, Nadine Labaki disait quand on lui demandait si elle pourrait tourner ailleurs que chez elle : "C'est difficile pour moi. J'y ai pensé, j'ai reçu plein de projets, français et américains. Mais je n'ai pas éprouvé le besoin de les faire. J'ai senti que je n'allais plus être vraie. Je ne sais pas si c'est un besoin d'écrire mes propres films ou un besoin d'être ancrée dans la réalité libanaise parce que c'est là que je me sens à l'aise. J'ai le Liban dans le sang."

Dans la peau de cette jeune femme rebelle, quitte à payer cette liberté de sa vie mentale, elle offre toute l'étendue de son talent, exprimant les désordres intérieurs d'un regard, d'un geste. Et c'est d'autant plus frappant qu'on sent bien que Georges Hachem n'a pas disposé d'un budget conséquent pour tourner même s'il s'en tire haut la main en privilégiant des plans significatifs plutôt que des séquences tape-à-l'œil. Son film jouant plus sur la suggestion que sur la démonstration.

"Je sais créer des images"

On découvre ici que Nadine Labaki est de la trempe des tragédiennes du théâtre qui savent nous faire partager les désarrois de l'âme. C'était d'ailleurs le pari de Georges Hachem qui raconte : "Pour nous deux, l'enjeu était de tourner un film qui révèle son talent d'actrice dans un registre dramatique qu'elle n'avait pas abordé jusque-là. Ce fut une belle histoire de confiance mutuelle et de solidarité." Ensemble, dans le volet principal d'une trilogie du réalisateur avec Jeunesse du soir, déjà tourné et La Chenille, en cours de production, ils parviennent à réouvrir les plaies d'une histoire encore proche au moment où le Liban tente de renaître.

Une façon aussi pour la comédienne de se livrer plus complétement quand elle est dirigée par un autre. Elle souligne : "Je préfère pourtant jouer dans les films des autres car cela permet un travail bien plus intéressant dans l'exploration de soi. Car, dans les miens, je demande à tous les comédiens -et donc à moi! - d'être le plus proche possible de leur personnalité."

Devant ou derrière la caméra, une chose est sûre : on n'a pas fini de découvrir les mutliples talents de Nadine Labaki qui, en tournant comme en jouant, explore tous les chemins possibles pour partager sa vision du monde au public. "C’est aussi mon seul moyen de m’exprimer. Je ne sais ni chanter, ni peindre mais je sais créer des images", aime t-elle dire.

Louis Brunel // Accueil