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Balle Perdue - Critique Clap Magazine (24/10/2011)

Georges Hachem avait onze ans lorsque la guerre civile a éclaté au Liban. Des souvenirs qui piquent encore - même après vingt ans. Avec Balle perdue, le réalisateur rappelle l'une des plus belles vocations du cinéma : rendre la mémoire. En effet - pour son premier long-métrage - Hachem fouille dans son histoire ; il renoue avec son pays d'origine, plantant sa caméra dans le sol remué par les combats. Et les vieux fantômes ressuscitent sur pellicule. Un voyage au coeur des années soixante-dix qui nous fait chavirer.

1976. Banlieue nord de Beyrouth. On prépare les noces de Noha Les siens sont aux anges. Mais à quinze jours des festivités, la belle effrontée change d'avis. Elle ne veut plus se marier. Entre Noha et sa famille, la guerre est déclarée...

Pas d'esbroufe. Pas de manières. Georges Hachem opte pour une économie de langage (plan fixe - plan rapproché) et une cadence sans mesure (silence, arythmie, crescendo) qui subliment férocement le récit. Une manière douce et singulière de raconter l'histoire terrible de cette femme charriée par ses devoirs. Car dans la société patriarcale que dépeint le réalisateur, être une épouse est impératif. Alors quand la future mariée se rebiffe, c'est à tout un système qu'elle s'oppose - ce que sa famille ne peut tolérer. Le conflit entre la jeune et l'ancienne génération cristallise toute la tension. Et les cris qui fusent font écho aux balles qui sifflent au dessus de la maisonnée. Un écho qui grignote le coeur à mesure que se déroule le film.

Car Hachem a trouvé le moyen parfait d'impliquer la petite histoire dans la grande : le hors champ sonore. En effet, le réalisateur se concentre sur le récit de la journée particulière de Noha (l'action se déroule un dimanche de fin d'été) mais souligne, en arrière plan, les foudres de la révolte - les armes à feu en sont l'emblème. Un climat de terreur subtilement transcrit, un contexte historique qui se dévoile par touche ; la recette Hachem est magistrale. Il y a dans Balle perdue de la fureur et de la poésie, de la passion et de l'inspiration. Dès la première séquence, le réalisateur nous tient dans ses filets. Il a fallu un regard, celui de Nadine Labaki, pour nous faire plonger.

Celle qui, habituellement, tient la caméra (Caramel, Et maintenant on va où ?) se retrouve ici devant l'objectif d'un autre réalisateur. Et la voilà, une nouvelle fois, bluffante. Une voix doucement rauque et un jeu détaché, façon Monica Vitti ; Labaki est élégante. Elle fait de Noha un personnage de femme digne. Ses grands yeux noirs nous dévorent ; ils expriment toute la détermination du personnage. Un sans faute pour la comédienne. Balle perdue a décidément l'allure d'un grand film - une actrice superbe, un scénario puissant et une mise en scène aérienne. Georges Hachem, un nom qui pourrait bien marquer son époque.

Ava Cahen // www.clapmag.com