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La Vallée critique Les Inrocks (23/03/2016)

Huis clos stylé autour d'un homme amnésique recueilli par des trafiquants de la plaine de la Bekaa, au Liban.
La Vallée, deuxième volet d'une trilogie amorcée avec La Montagne (inédit) et qui devrait se clore avec La Rivière, est à la fois fantasmatique et réaliste. C'est un huis clos mais il se termine sur des prémices apocalyptiques. Il est assez bavard mais son héros est amnésique et presque aphasique (il se souvient surtout d'une chanson).

Ghassan Salhab est coutumier de ce type de paradoxes et les cultive avec soin. Après les fantômes des conflits libanais des années 1970-80, le cinéaste aborde une phase moins urbaine, qui prélude peut-être aussi à une nouvelle guerre. C'est en tout cas une vaste offensive militaire qui va mettre un terme aux atermoiements d'un petit groupe de personnes retranchées dans une propriété de la plaine de la Bekaa, au Liban.

Certaines d'entre elles ont ramené d'une virée dans la montagne un automobiliste amnésique dont ils ne savent que faire. C'est clairement un témoin gênant car ils fabriquent de la drogue dans un hangar. Mais tout cela reste imprécis.

Au lieu de vouloir raconter une histoire, le cinéaste se livre à une expérience chimique : il introduit un corps étranger dans une préparation et observe comment ça réagit. Processus que figurent littéralement les séquences du laboratoire de drogue où l'on manipule des cornues fumantes et des précipités colorés ; scènes faisant écho à celles de la cuisine et des repas, qui constituent une bonne partie de l'activité visible des personnages.

La force de ce slow-thriller, c'est son hétérogénéité intrinsèque. On change à vue de climat par l'entremise du son, de la musique, mais aussi du filmage. Par exemple, après une joyeuse scène de danse diffractée par d'élégantes surimpressions, on enchaîne sur un plan nocturne au steadycam (donc sombre et flottant) dans la maison vide, souligné par une musique symphonique un peu grinçante. Plan peu efficace narrativement parlant, mais au diapason du relativisme de l'œuvre, de la versatilité des personnages, qui alternent entre futilité et intensité.

La vie et la mort semblent aléatoires dans cet enclos expérimental à l'écart de la société. La jeune femme sur le point d'exécuter le captif s'interrompt pour voler au secours d'un oiseau qui s'est cogné contre une vitre.

L'intrusion constante de la gent animale (serpent, oiseaux, papillon, coccinelle, âne mystérieux, etc.) accentue l'hétérogénéité de ce monde clos. Une symphonie du réel se joue dans cet environnement libanais déphasé qui concilie la modernité stylistique d'un thriller sixties avec l'actualité du monde.

Vincent Ostria // Les Inrocks