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Interview de Georges Hachem, cinéaste de Balle perdue (22/11/2011)

Quelle est l’importance pour vous d’avoir pu constituer une équipe et un plan de production entièrement libanais?
Cela ne fait que quinze ans que l’on peut être formé au métier du cinéma au Liban. Auparavant, il fallait intégrer des écoles à l’étranger. Donc il y a depuis peu une jeune génération qui a été formée au pays. Cette génération néanmoins a plus l’opportunité pour se faire la main, de travailler au sein de chaînes de télévision ou encore sur des vidéoclips ou des publicités que sur des plateaux de cinéma. Donc pour moi, c’était aussi une volonté d’offrir la possibilité à ces jeunes artistes de travailler sur un long-métrage et de leur faire confiance. Et les apports de cette expérience ont été ressentis extrêmement positivement chez les uns et chez les autres. Cela m’a permis de voir ce qu’il était vraiment possible de faire dans un pays où il n’y a pas réellement des industries cinématographiques. Le refus de l’apport extérieur  m’a permis aussi d’être plus libre et de pouvoir garder un rapport intime, personnel avec ce que je voulais transmettre à travers mon film. Et je sais que c’est compliqué de garder cette énergie et ce rapport là avec son film. Dès que l’on souhaite faire un film, des questions d’argent s’ imposent alors directement à vous et peuvent alors fausser l’acte de création. Pourtant pour moi, le film qui marche, est toujours celui que l’on n’attend pas. Il n’y a pas de recettes miracles liées par exemple à tel fait divers ou à l’actualité la plus brûlante du moment.

Comment avez-vous construit votre scénario?
Pour moi l’inspiration vient de ma mémoire personnelle. Je ne m’inspire jamais de faits divers. On a toujours en nous des histoires en attente. Après oui effectivement , elles sont liées au réel car ce sont des questions ou des souvenirs qui nous taraudent et qui nous hantent. Puis quand vous commencez à construire un projet, votre mémoire fait naturellement le trie, un peu comme si vous voyez une photo qui devient de plus en plus nette. Il s’avère que c’est une histoire ici qui se passe en 1976 après les deux premières années des «  Evénements à Beyrouth ». En 1976, les gens perçoivent la trêve comme la fin de la guerre, mais il s’avère que c’est simplement le début d’une véritable guerre civile qui a détruit la société libanaise de fond en comble. Toutefois , certes le contexte historique est très fort, mais cela reste une histoire. Je ne voulais pas décrire la guerre avec tous ses détails mais filmer des personnages qui portent les stigmates de ce qui s’est passé. Je ne traite pas la guerre de façon frontale. Cette manière de voir la guerre civile est nouvelle pour le cinéma libanais qui a eu au contraire tendance à la narrer dans le soucis du détail, de la cohérence historique… Pour moi, sentir la guerre plus que la montrer, m’évitait d’être partisan et surtout me permettait de toucher la mémoire des témoins de cette époque là.

Cette réflexion passe en premier lieu à travers votre travail sur la temporalité?
Oui effectivement, le fait que le film se déroule en une journée, m’a guidé. C’est une forme que j’aime beaucoup. Je pouvais ainsi travailler sur les codes de la tragédie classique : unité de temps, de lieu , d’action. Je pouvais aussi m’intéresser sur l’absurdité des choses. Ce film est une réflexion sur ces jours fatidique que l’on croise tous au moins une fois dans sa vie. En effet, un jour on est amoureux et il n’y a plus de retour, un jour on vieillit et il n’y a plus de retour … La guerre du Liban a commencé un jour extrêmement précis dans la mémoire collective et encore aujourd’hui les contemporains de la guerre se demandent ce qu’ils faisaient précisément quand elle a éclaté.

Quel a été à ce propos l’accueil de Balle perdue au Liban?
Le film a suscité beaucoup de réactions diverses. J’ai reçu des mails où l’on me remerciait mais aussi où l’on me demandait pourquoi j’avais ouvert une nouvelle fois cette page. Le film finalement ne montre rien, mais dénonce le malaise que les gens ont vécu. Les gens ne veulent pas forcément se rappeler et souhaite enfouir cette mémoire. Il y a un fort déni de la guerre dans la société libanaise. Mais moi, je ne souhaite pas cette amnésie. C’est un peu comme quand on écoute une chanson qui fait pleurer mais qu’on finit tout de même par entendre. Et finalement, je pense que cela fait du bien. Les jeunes ont d’ailleurs beaucoup aimé le film. Il leur a permis de mettre enfin des images sur ce que leurs parents ont pu leur raconter et reconstituer, comprendre l’atmosphère de cette période là.

Coline Crance // toutelaculture.com