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Le Dernier Homme - Critique L'Orient-Le Jour (01/05/2007)

Le troisième opus de Ghassan Salhab «Le Dernier homme», ou l'histoire de Beyrouth à sang pour sang présenté aux Journées cinématographiques de Beyrouth ...

Il faisait partie de la sélection officielle du Festival du film de Locarno (Suisse) en juillet dernier. Le troisième long-métrage de Ghassan Salhab, « Le Dernier homme » (« Atlal » en arabe), a été présenté en avant-première libanaise aux Journées cinématographiques de Beyrouth avant de sortir, très prochainement, en salles.Le cinéaste libanais s'attaque là à l'un des mythes les plus célèbres du cinéma fantastique et d'horreur : le vampire. Mais, contrairement aux films du genre qui ne s'encombrent généralement pas de subtilité, Salhab signe un film très deuxième degré où l'on voit rarement des gouttes de sang. Il décide d'aller à contre-courant de la représentation romantique et gothique que les innombrables « Dracula » ont donné aux buveurs de sang. Ici, tout est dans la retenue, loin, très loin du gore. À l'origine du film, une fascination infantile. «J'ai toujours été attiré par les vampires. Par l'idée de cet homme qui n'est ni vivant ni mort. Qui n'est plus tout à fait un homme, qui devient autre chose, sans être tout à fait mort», avoue Salhab. Jouant sur les règles classiques du genre, le cinéaste libanais fait progresser son récit en prenant à rebrousse-poil l'approche classique des films de vampire. Dès lors, la frontière entre les «bons» et les «méchants» va devenir floue. Tellement floue qu'elle va disparaître. Car Salhab ne s'intéresse pas à la lutte du bien contre le mal. «Je ne vois pas le monde à travers cette dichotomie, dit-il. Le cinéaste adhère plutôt à la vision de Murnau dans Nosferatu, avec l'idée de cette maladie étrange qui vient hanter la ville.» Pas facile de raconter l'histoire du Dernier homme. Le temps y est incertain, diffus et omniprésent. Et pourtant, quelque chose est raconté. En cours de route, on se sent transporté, mené et entouré, adressé. Mais le recul brouille, et échappe rapidement toute sorte de «rationalisation». L'histoire est en creux, évanescente. Le personnage principal lui-même est flou, se mue parfois en sujet, se confondant avec la ville ou avec tel autre personnage. Chez Salhab, il existe un lien mystérieux, organique, entre la ville et les individus. Nous sommes donc à Beyrouth, cette ville «adorée» par le cinéaste. Une ville où se multiplient des décès suspects, des morts par morsure. Khalil (Carlos Chahine) médecin, homme à femmes et féru de plongée sous-marine, grand solitaire, «Khalil, poursuit le cinéatse, est enfant de Beyrouth. Et l'on pourrait dire que Beyrouth, ville mutante, a enfanté un mutant». Des mutants qu'il filme avec amour et colère, composant ainsi par petites touches un chant funèbre qui se clôt sur un désespoir muet. Une métaphore portée par Carlos Chahine, qui, avec une surprenante économie de moyens, communique insensiblement au spectateur un sentiment d'horreur mêlé de compassion.Cet homme, sans doute admirable, duquel on aimerait s'approcher comme on s'approcherait de la mort, cet homme esquive. Non de sa propre volonté, de son fait ou de celui des circonstances. Tout se passe comme si l'on se trouvait intimement confronté à cet indicible diaphane qui pourrait être la mort, l'humanité, ou quelque autre grand mystère qui nous occupe; ou peut-être n'est-ce après tout qu'une étrange narration. Mais quelque chose, pourtant si proche, se cache bien là; se laisser simplement porter par les images, menées séquence après séquence, est la meilleure façon d'y accéder.Le Dernier homme est un film foncièrement viscéral, organique, qui cherche à en dire plus que ce qu'il montre. Ghassan Salhab est un cinéaste incorrigible qui ne peut s'empêcher de mettre son grain de sel en appuyant là où ça fait mal. Le récit lui offre ainsi juste le temps de glisser des attaques politiques. Mais le cinéaste n'en force jamais la lecture. Il veut laisser toutes les interprétations possibles. Mais Ghassan Salhab prend tout de même un énorme plaisir à filmer, il joue avec de nouveaux «travellings», place sa caméra différemment, fignole sa bande-son. Bref, on a quand même l'impression qu'il s'amuse, qu'il prend plaisir à filmer son manque d'espoir. Mieux que cela, incapable d'écrire un scénario autrement que sombre, Salhab trouve le seul remède à son «mal», il filme avec bonheur.Il nous en apporte une preuve supplémentaire avec une fin puissante et mémorable, un personnage et une ville qui sombrent dans les ténèbres, dans l'inconnu.Plus vampirique que ça, tu meurs!

Maya Ghandour Hert // L'Orient-Le Jour