« Tramontane » : un musicien non-voyant comme métaphore du Liban
Le Monde

Pour partir en tournée en Europe, Rabih, musicien non-voyant qui vit dans une petite ville de la montagne libanaise, a besoin d'un passeport. Cette démarche administrative lui fait vite perdre toutes ses certitudes sur son histoire, ses origines.
On le voit, la métaphore de Tramontane (Rabih), premier long-métrage de Vatche Boulghourjian, n'est pas très difficile à déchiffrer : quarante ans après le début de la guerre civile, alors qu'elle menace toujours de reprendre, le Liban ne peut voir son passé, et tous les efforts pour l'éclairer sont voués au mieux à l'indifférence, au pire à l'échec.
La métaphore a ici aussi un corps et une voix, celle de Barakat Jabbour, chanteur, percussionniste, violoniste, dont les talents sont utilisés pour esquisser une autre réponse : la vérité se trouve peut-être dans des textes moins explicites que les livres d'histoires, sur des partitions par exemple. Cette inflexion de la réflexion historique vers l'émotion esthétique est accentuée par la sensualité des paysages libanais filmés tout au long du périple du protagoniste.

Thomas Sotinel // Le Monde