Tramontane - critique Le Figaro
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Tramontane, excellent premier long-métrage de Vatche Boulghourjian, remarqué à la Semaine de la critique du dernier Festival de Cannes, évoque la mémoire en morceaux des Libanais d'aujourd'hui. Réinventer, recréer sont des mots-clés pour le réalisateur, et la cécité de son personnage est plus qu'une métaphore pour un monde plein d'obscurité, elle traduit aussi le passage à une expérience nouvelle, sensorielle et spirituelle. Il a voulu pour interprète un véritable aveugle, qui intègre dans l'histoire à la fois le handicap et la manière de le transcender. Et il a trouvé en Barakat Jabbour l'étoffe d'un grand artiste, expert dans le répertoire des musiques arabes traditionnelles. Tout le film a été construit comme un univers sonore autant que visuel, un film pour aveugles, orchestrant les sons et les bruits de la vie quotidienne avec autant de raffinement que les morceaux musicaux, magnifiques, porteurs de toute une part de la mémoire culturelle du Moyen-Orient. Le récital final est d'une bouleversante beauté. Après tant de recherches inquiètes et de désillusions amères, Rabih n'a pas dissipé toutes les ombres du passé, mais il a trouvé la source de son humanité personnelle. Tramontane se risque à cette expérience, avec pudeur et audace.

Marie-Noëlle Tranchant // Le Figaro