Cinéma : la « nouvelle vague » libanaise
 Bruno Icher // M, le magazine du Monde

Dans le sillage de réalisateurs reconnus comme Nadine Labaki pour « Capharnaüm », Prix du jury à Cannes, le cinéma d’auteur libanais renaît. Des talents le plus souvent contraints de s’exiler, pour trouver des financements et échapper à la censure.

C’est un gigantesque et étrange objet qui, depuis plus de quarante ans, résiste à tous les outrages, la guerre comme la spéculation immobilière. À quelques pas du centre-ville, dans cet ancien point névralgique de Beyrouth devenu un patchwork plutôt fade de bâtiments rénovés, de boutiques de luxe rutilantes mais désertes et d’un centre commercial massif, la carcasse du Dôme se dresse avec arrogance et mélancolie.

Cette silhouette de baleine échouée aurait dû être un cinéma, la plus grande et la plus moderne salle du bassin méditerranéen, à l’image du septième art libanais qui affichait, au début des années 1970, une éclatante prospérité. Mélodrames populaires et comédies musicales en langue arabe remplissaient alors les salles, aux côtés des productions américaines et européennes, faisant du Liban le premier territoire du Moyen-Orient en termes de fréquentation cinématographique.

Des retournements politiques et économiques permanents

La guerre civile, en 1975, a interrompu le chantier du Dôme, devenant, au gré des combats, un refuge ou un bunker improvisé pour l’armée, les milices de tous bords et les casques bleus. Depuis, il a été question dix fois de démolir ce souvenir encombrant mais, grâce à la mobilisation d’associations et surtout par des retournements de situation économique ou politique dont le Liban est le théâtre permanent, ses flancs criblés d’impacts de balles continuent à narguer le nouveau Beyrouth d’acier et de verre.

À l’ombre de cette imposante métaphore des contradictions du pays, un cinéma libanais d’auteur a miraculeusement survécu. Longtemps, il a été porté par une poignée de cinéastes parmi lesquels Georges Nasser, dont le premier long-métrage, Vers l’inconnu ?, avait été sélectionné à Cannes en 1957.

Plus tard, quand le temps des hostilités a pris fin, d’autres sont apparus sur la scène internationale, comme Danielle Arbid, les inséparables Joana Hadjithomas et Khalil Joreige, Ziad Doueiri, récompensé à Venise en 2017 pour L’Insulte, vingt ans après son fracassant West Beyrouth (À l’abri les enfants), ou, bien sûr, Nadine Labaki, incarnation du cinéma libanais actuel avec ses trois premiers longs-métrages tous présentés à Cannes.

Surtout des multiplexes et des blockbusters

Un tour de force pour la réalisatrice de 44 ans, dont la carrière a commencé par la réalisation de clips musicaux et de spots publicitaires au début des années 2000, alors que le Liban ne disposait pratiquement pas de structures de production.

Une rencontre décisive avec la productrice franco-belge Ange-Dominique Toussaint a rendu possible le tournage de Caramel, sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs en 2007, puis de Et maintenant, on va où ? (Un Certain regard, 2010) et enfin de Capharnaüm*, en compétition officielle cette année, repartant de la Croisette avec le Prix du jury. Un parcours doré qui lui a permis de réunir , pour son dernier film, un financement d’environ 4 millions de dollars, très au-dessus de la moyenne de la plupart des autres films libanais dont le budget tourne autour de 750 000 dollars.

Même si la reconnaissance internationale de ces cinéastes s’est parfois accompagnée de jolis succès au box-office libanais, les nouvelles salles de Beyrouth – des multiplexes nichés dans le confort climatisé de centres commerciaux – accueillent plus volontiers les blockbusters américains et les comédies à l’eau de rose et autres adaptations de séries télévisées populaires locales fabriquées à l’échelle industrielle.

L’espoir d’une industrie du cinéma indépendant

Pourtant, depuis quelques années, une jeune génération de cinéastes, insolente et contestataire, tente de se faire une place au soleil en attirant l’attention des programmateurs de tous les festivals. Ils sont parfois talentueux, déterminés et, surtout, de plus en plus nombreux. Au point de susciter ici l’espoir longtemps impensable d’une industrie du cinéma indépendant.

Ils s’appellent Ely Dagher, lauréat de la Palme d’or du court-métrage à Cannes avec Waves 98
en 2015, Mounia Akl, réalisatrice de Submarine, court-métrage retenu dans une bonne douzaine de festivals, ou encore Wissam Charaf, auteur de Tombé du ciel, sélectionné à l’Association du cinéma indépendant (ACID) en 2016. Un large échantillon de cette jeunesse se retrouvera à Montpellier, du 19 au 27 octobre, au festival Cinemed, qui lui consacre une programmation spéciale.

« C’est vrai que l’on croise de plus en plus souvent un zozo libanais avec son film dans la programmation des festivals », sourit le producteur et distributeur Georges Schoucair, voix de basse et allure de play-boy. À 50 ans, le patron d’Abbout Productions incarne, avec son associée Myriam Sassine, cette vitalité. Son bureau de la rue Gouraud, en plein Gemmayzeh, quartier suractif dont les innombrables bars et restaurants reviennent ces temps-ci à la mode, reçoit à peu près tous les projets des jeunes réalisateurs du pays.

En moins de quinze ans, Abbout a produit les films de Ghassan Salhab (Le Dernier Homme, 1958, La Vallée...) ou de Joana Hadjithomas et Khalil Joreige, qui ont séduit jusqu’à Catherine Deneuve : la comédienne a tourné avec eux Je veux voir, en 2008. C’est d’ailleurs avec ces derniers, cinéastes mais aussi artistes contemporains, que tout a commencé.

Professionnaliser le secteur de la production

Bien avant que leurs installations ne soient exposées à Paris (Jeu de Paume, Centre Pompidou...), New York (Guggenheim), San Francisco (SFMoMA) ou Londres (British Museum), avant qu’ils ne soient récompensés par le prix Marcel Duchamp, en 2017, c’est vers le cinéma que Joana Hadjithomas et Khalil Joreige se sont d’abord dirigés.

Un cinéma navigant souvent sur les frontières brouillées entre fiction et documentaire. « J’ai quitté Beyrouth pour faire des études à Paris à l’École supérieure de réalisation audiovisuelle (ESRA), explique Georges Schoucair. Je voulais devenir réalisateur, mais les circonstances familiales m’ont conduit à travailler presque dix ans au Liban. Puis j’ai rejoint mes amis Joana Hadjithomas et Khalil Joreige sur leur premier projet. C’était le moment pour moi de changer de voie ou de laisser tomber le cinéma. J’ai donc produit A Perfect Day. »

Remarqué à Locarno, Toronto ou Tribeca, le film, sorti en 2015, lance la carrière de Georges Schoucair et, surtout, le convainc qu’il est urgent de professionnaliser le secteur de la production.
« J’ai pris cette décision car, en 2003, le Liban était une terre vierge. Il y avait des réalisateurs et un désir de cinéma mais peu de projets et encore moins de structures capables de les produire... Et c’était exaltant de se lancer dans l’aventure. »

Une seule salle d’art et d’essai

Personnage pivot de ce jeune cinéma, Georges Schoucair codirige également le Metropolis, l’unique salle art et essai de la capitale avec Hania Mroué, la fondatrice du lieu, ancienne directrice des Journées cinématographiques de Beyrouth et infatigable promotrice du cinéma d’auteur, d’où qu’il vienne. L’élégante -diplômée d’économie, née en 1975, l’année du début de la guerre, est un témoin privilégié de cette évolution.

« Je constate que, depuis dix ans, il y a beaucoup de sujets de satisfaction, se réjouit-elle. La jeune génération de Libanais qui veulent faire du cinéma en est un, même si leur inexpérience fait parfois un peu peur. En une douzaine d’années, le Metropolis a séduit un public fidèle, attentif. » Et de résumer : « Il reste beaucoup de chemin à parcourir mais, paradoxalement, cette situation précaire pour le cinéma, en plus de la modestie des budgets, incitent les jeunes cinéastes à faire preuve d’une ténacité hors du commun. Ils font leur film, quelles que soient les circonstances et les obstacles qu’ils rencontrent. »

Hania Mroué a de bonnes raisons de nourrir cet optimisme. Quand elle a créé le Metropolis, originellement dans le quartier populaire de Hamra, l’entreprise avait tous les attributs du sacerdoce. « Nous avons ouvert le cinéma, avec une reprise de la Semaine de la critique cannoise, en 2006. Pour être précise, le 11 juillet. Et le 12, les bombes israéliennes tombaient sur Beyrouth. » Contrainte de fermer la salle au bout de deux jours, Hania Mroué a transformé le tout nouveau cinéma en abri, sinistre résumé d’une histoire qui tourne en boucle.

« Il y avait essentiellement des familles, et donc beaucoup d’enfants », raconte-t-elle dans un sourire qui vient de loin. « Et, comme il fallait bien passer le temps, nous avons projeté des films. C’était, pour tous ceux qui étaient là, une bouffée d’air. De plus, cela m’a appris qu’il ne faut jamais sous-estimer la capacité des jeunes spectateurs à apprécier des films, même s’ils ne sont pas faits pour les enfants. »

« ICI, AU LIBAN, C’EST UN ÉTAT D’ESPRIT PARTICULIER QUI IMPLIQUE À LA FOIS UN DÉSIR TRÈS FORT DE CINÉMA ET LA CERTITUDE QUE TOUT PEUT S’ARRÊTER DU JOUR AU LENDEMAIN. » HANIA MROUÉ, FONDATRICE DU METROPOLIS, SALLE D’ART ET ESSAI DE BEYROUTH

Depuis 2008, le Metropolis a emménagé à Achrafieh, grâce à un partenariat avec le circuit d’exploitation Empire. Ici, tout près du somptueux palais Sursock, dont une partie a été transformée en musée d’art moderne, les boutiques de DVD pirates sont moins nombreuses que dans le bouillonnant Hamra.

Mais pour quelques dollars, on peut y trouver une copie de bonne qualité d’à peu près n’importe quel film. « Il suffit de leur donner le titre , de revenir un peu plus tard et le DVD est à disposition, soupire Hania Mroué. On peut se consoler en pensant qu’au moins les films sont vus. C’est à l’image de Beyrouth et du Liban : ici, tout est toujours un peu sauvage, improvisé, éphémère... C’est un état d’esprit particulier qui implique à la fois un désir très fort de cinéma et la certitude que tout peut s’arrêter du jour au lendemain. »

Un avenir à l’étranger

Si les efforts conjugués d’Hania Mroué et de Georges Schoucair constituent des signes tangibles d’une forme de renaissance, l’avenir des jeunes cinéastes libanais est aussi, faute de moyens, hors des frontières du pays. Maya de Freige est la directrice de la Fondation Liban Cinéma (http://www.fondationlibancinema.org/) depuis sa création, en 2003. La structure, dont la vocation consiste à promouvoir le cinéma national à l’étranger, peut mesurer la difficulté de l’exercice.

« Nous organisons des ateliers d’écriture et des appels d’offres pour des résidences d’artistes à Cannes, Paris, Berlin, Turin. Nous recevons environ vingt-cinq projets à chaque fois, un chiffre qui augmente d’année en année. C’est un bon indicateur, mais le principal problème, bien entendu, c’est qu’il n’y a pas de financement public. Les difficultés que rencontre le pays sont telles que les autorités, même si elles ont pris conscience du dynamisme du secteur, n’ont pas les moyens d’y accorder des crédits importants. »

« POUR TROUVER LES FINANCEMENTS, AUTREMENT DIT DES PARTENAIRES OCCIDENTAUX, ENCORE FAUT-IL QUE LES FILMS PUISSENT PLAIRE À UN PUBLIC OCCIDENTAL. » GEORGES SCHOUCAIR, PRODUCTEUR

Un peu plus direct, Georges Schoucair martèle le même message. « En clair, il n’y a pas d’argent pour le cinéma au Liban. Avec Maya de Freige, nous avons essayé, ces deux dernières années, de convaincre des partenaires, notamment des banques, de marcher avec nous, mais les garanties que présentent des projets de films pour la plupart fragiles n’ont pas convaincu grand monde. C’est la raison pour laquelle nous adoptons une autre stratégie en faisant appel au mécénat, comme dans l’art contemporain. »

En attendant d’en mesurer les résultats, Georges Schoucair n’a pas lâché son bâton de pèlerin, sillonnant inlassablement toute l’Europe à la recherche de coproducteurs. Un travail de haute précision, souvent fastidieux et semé d’embûches. « Pour trouver les financements, autrement dit des partenaires occidentaux, encore faut-il que les films puissent plaire à un public occidental, nuance-t-il. Pour le cinéma libanais, qui vit actuellement une forme d’adolescence effervescente, c’est souvent un frein. »

Des thèmes tabous

« À titre d’exemple, je travaille en ce moment sur deux films avec des résultats diamétralement opposés. Le premier, The Notebooks, de Joana Hadjithomas et Khalil Joreige, a réuni la quasi-totalité des financements

possibles. C’est une fiction bâtie sur une histoire qui est arrivée à Joana : au début de la guerre, elle avait une amie dont elle a été séparée et avec laquelle elle a échangé des cahiers entiers de courriers et des cassettes audio. Peu à peu, leurs relations se sont distendues et, trente ans plus tard, Joana a retrouvé cette amie qui avait conservé tout ce matériel. »

L’autre projet est l’histoire « d’un loubard de Beyrouth qui sort de prison et qui rencontre les pires difficultés pour tenter de retrouver sa vie, intéresse nettement moins. Or produire ce film uniquement pour le Liban, où le marché est très modeste, n’aurait pas vraiment de sens ».

Coincés entre, d’une part, un marché domestique étroit, de surcroît alourdi par une censure qui pénalise systématiquement les films où se profilent les thèmes tabous de l’homosexualité et surtout de la religion, et, d’autre part, la lenteur des processus de coproduction, les jeunes réalisateurs libanais ne se découragent pourtant pas, c’est le moins que l’on puisse dire . Même si l’exil semble une étape presque obligatoire.

Mounia Akl, 29 ans, diplômée d’architecture de l’Académie libanaise des beaux-arts, a poursuivi ses études aux États-Unis mais en section cinéma. Admise à la prestigieuse université Columbia de New York, elle a été remarquée grâce à son court-métrage de fin d’études, Submarine, déambulation dans un Beyrouth en pleine crise des déchets en 2015, après la fermeture de la plus grande décharge du pays.

« J’étais très impliquée dans la contestation qui agitait la ville à ce moment-là », raconte la jeune femme à une terrasse de café, rue des Martyrs, à Paris. « Beyrouth était alors une décharge à ciel ouvert, comme l’aveu de la corruption et de l’incompétence des pouvoirs publics. Mais c’est difficile d’être libanaise sans être militante ou, du moins, être animée du désir de changement. »

Aujourd’hui, comme plusieurs de ses compatriotes cinéastes, elle partage sa vie entre le Liban et l’étranger, en l’occurrence Paris, où elle passe souvent du temps à la résidence de la Cinéfondation, pépinière de jeunes auteurs sous la houlette du Festival de Cannes. « Je prépare en ce moment mon premier long-métrage, Costa Brava Lebanon. Il est produit par Georges Schoucair, et il sera encore question de la crise des déchets. »


Des cheminements parfois tortueux​

Pour d’autres jeunes cinéastes, tel Mir-Jean Bou Chaaya, 29 ans lui aussi, le chemin est plus tortueux. Il y a trois ans, son premier long-métrage, Very Big Shot, faisait irruption dans une pléthore de festivals, empochant quelques prix au passage. C’était l’histoire de trois frères beyrouthins vivant des revenus d’une petite pizzeria et d’un modeste trafic de drogue.

Contraints de basculer dans le deal international, ils mettent au point une stratégie futée : faire expédier la drogue dans des bobines de films, objets exemptés de contrôle dans les aéroports, à destination d’un labo européen. Et, afin de ne pas éveiller les soupçons, de faire semblant de tourner un film. Sauf que tout le monde se prend au jeu, emporté par la fièvre du cinéma...

Trois frères qui ne connaissent pas grand-chose au cinéma et qui s’improvisent équipe de tournage dans le semi-chaos permanent de Beyrouth, ce n’est pas très éloigné de l’histoire des frères Bou Chaaya. Lucien, avocat dans une grande firme internationale, Christian, son jumeau diplômé d’une école d’hôtellerie et restaurateur à Beyrouth, et enfin Mir-Jean, plus jeune d’un an, réalisateur et scénariste du film, ont décidé de s’associer pour s’investir corps et âme dans l’industrie naissante du cinéma libanais.

En cette dernière semaine d’août, Christian a réservé un grand hôtel pour célébrer son mariage. À moins d’une heure du centre de Beyrouth, l’établissement luxueux est niché au cœur de la montagne, jadis théâtre de sanglants affrontements entre les milices druzes et la communauté maronite à laquelle appartiennent les Bou Chaaya. Tandis que les préparatifs de la cérémonie battent leur plein, toute la fratrie s’est réunie autour d’un solide mezze.

Une première série Netflix au Moyen-Orient

« Nous travaillons ensemble avec de grandes ambitions, explique Mir-Jean, un énorme cigare fumant à la main. Lucien se charge des financements, Christian, le producteur technique, s’occupe de toutes les questions relatives au tournage, et moi, c’est la partie créative. » Le mariage de Christian est une brève parenthèse dans un emploi du temps bien rempli. Dès le lendemain, ils repartiront à Amman et à Pétra, en Jordanie, où Mir-Jean dirige le tournage de la première série Netflix au Moyen-Orient, Jinn, où il est question d’adolescents et de phénomènes étranges...

Cette production de la puissante plateforme n’est pas anodine. Netflix, qui produit des dizaines de films et, surtout, des séries un peu partout dans le monde, poursuit une stratégie très volontaire de - fidélisation de ses abonnés. Sa première série en langue arabe n’est pas exclusivement destinée au marché du Moyen-Orient en pleine expansion, mais elle est un indicateur fort de son implantation.

Pour Mir-Jean, qui, depuis qu’il travaille avec des Anglo-Saxons, préfère s’exprimer en anglais plutôt qu’en français, au grand dam de son père, les maîtres mots sont vitesse et détermination. « C’est un nouvel âge, prophétise-t-il. Une période favorable à la création, où il est important de tenter des expériences, sortir des sentiers battus et ne pas essayer de construire à tout prix des histoires destinées à un public occidental. »

Bien entendu, la série de Netflix n’est que la première étape d’un parcours que les trois frères imaginent déjà riche en péripéties et même riche tout court. « Tout reste à faire, affirme Lucien. C’est une industrie en plein essor et nous voulons figurer dans chaque partie de son développement. Nous travaillons déjà à produire des films d’autres réalisateurs. Le cinéma libanais ne peut pas se contenter de quelques coups d’éclat de temps en temps, être le premier film libanais à gagner la Palme d’or de Cannes, l’Ours d’or de Berlin ou l’Oscar et puis, ensuite, rentrer dans le rang... Nous, nous voulons que ce soit tout le temps ! »

« OÙ SONT LES WOODY ALLEN OU LES WES ANDERSON DU MOYEN- ORIENT ? ILS EXISTENT ÉVIDEMMENT, MAIS COMMENT LEUR PERMETTRE DE S’EXPRIMER ? AVEC LE SYSTÈME ACTUEL, ILS RISQUENT DE S’ÉPUISER À FORCE D’ATTENDRE. » LUCIEN BOU CHAAYA

Dans la ligne de mire des frères Bou Chaaya, la détection de nouveaux talents. « Il y en a, à l’état brut, dans toute la région, mais encore faut-il les trouver, affirme le jeune avocat. Où sont les Woody Allen ou les Wes Anderson du Moyen-Orient ? Ils existent évidemment, mais comment leur permettre de s’exprimer ? Avec le système actuel, ils risquent de s’épuiser à force d’attendre. »

Plus philosophe, Mounia Akl ne vit pas ses allers et retours au pays comme un renoncement. Au contraire. « C’est un sentiment étrange mais très fort, sourit la réalisatrice. Je passe beaucoup de temps hors du pays, mais le sentiment de distance est toujours éphémère. Comme si, en partant souvent du Liban, je posais perpétuellement sur lui un regard neuf qui m’en rapproche. Je sais que, d’une certaine manière, je ne le quitterai jamais. »