« Le jeune cinéma libanais est en pleine expansion »
Julie Chansel // Journal La Marseillaise

La productrice Myriam Sassine est l’une des garantes de la vitalité et de la diversité du jeune cinéma libanais. Elle présente plusieurs films en compétition.

Avec sa société Abbout Productions, elle est en compétition offi- cielle au Cinemed avec Amal de Mohamed Siam, une copro- duction égypto-germano-fran- co-dano-norvégienne. De 2011 à 2017, dans la post-révolution en Egypte, on suit une adoles- cente qui devient une femme. Dans le cadre de la 28e bourse d’aide au développement (BAD, que le festival décerne depuis 1991), elle présente également Costa Brava Liban, de Mounia Akl. Cette réalisatrice s’est fait connaître avec deux courts mé- trages, Submarine et El Gran Libano. Pour la soirée dédiée au jeune cinéma libanais, mar- di 23 octobre, on pourra (re)dé- couvrir deux longs métrages qu’elle a produits Tramontane de Vatche Boulghourjian et One of these days de Nadim Tabet et Trève, un documen- taire de Miriam El Hajj (co-pro- duit par In The Mood, une an- cienne société de production audiovisuelle montpelliéraine, avec le soutien de l’ex-région Languedoc-Roussillon).

Myriam Sassine est ve- nue à Cinemed pour la pre- mière fois en 2015 pour pré- senter Tramontane dans le cadre des BAD. Tourné l’an- née suivante, le film avait été présenté à la Semaine de la critique à Cannes, puis à Cinemed, « la présence dans un festival international est un plus car cela donne accès à plus de salles », souligne-t- elle. « En 2017, nous avions présenté dans différentes sec- tions plusieurs films produits par Abbout Productions, par- mi lesquels Hotel Al Naim de Shirin Abu Shaqra, White Noise, un court-métrage de Ahmad Ghossein et Lucia La Chimia et El Gran Libano de Mounia Akl et Ernesto Villalobos », présentés lors de l’ouverture de la Quinzaine des réalisateurs à Cannes en 2017, dans le cadre du pro- gramme Lebanon Factory [voir p22 notre entretien avec Christophe Leparc]. En com- pétition, elle présentait aussi Panoptic, le premier métrage documentaire de Rana Eid, qui n’est malheureusement toujours pas visible au Liban.

Trouver des moyens

Abbout Productions a été créé en 1998 par un couple de réalisateurs, Joana Hadjithomas et Khalil Joreige (Je veux voir, A perfect Day, The Lebanese Rocket Society, etc.) qui avaient besoin d’une struc- ture pour produire leurs films. Georges Schoucair qui reprend la société en 2005 lui donne une nouvelle impulsion en soute- nant de nombreux réalisa- teurs et en particulier Ghassan Salhab (The Last man, 1958, The Mountain). Myriam Sassine ar- rive en 2010 comme assistante de production, puis produc- trice associée. Devenue produc- trice, elle savoure le double-as- pect de son métier « Au produc- teur de canaliser toute la créati- vitéd’unauteur,detrouverles moyens de concrétiser son am- bition créatrice ».

Ces moyens, les trouve-t-on au Liban ? L’Etat libanais ne soutient pas le cinéma, si ce n’est une bourse très réduite du ministère de la Culture. Elle en convient, « on ne peut donc pas parler d’industrie du cinéma, au sens officiel du terme, mais il y a une production croissante, une émergence de films commer- ciaux et l’arrivée de jeunes réa- lisateurs ». Cela grâce aussi à des co-productions internatio- nales, à des initiatives privées et aux divers fonds de soutiens au cinéma libanais de par le monde.

Si au début des années 2000, il y avait un long métrage par an « il y en a maintenant une trentaine » avec des techni- ciens, des laboratoires de post-production, etc. On peut tourner un film au Liban uni- quement avec des talents liba- nais, pour le plus grand plai- sir du public local. Il y a en ef- fet presque 200 écrans, la plu- part à Beyrouth où se trouve le célèbre Metropolis ouvert en 1982.

« Les films commerciaux sont diffusés partout, les films indépendants ont plus de diffi- culté à être diffusés, comme c’est le cas partout dans le monde » rappelle Myriam Sassine. Si les films libanais circulent beaucoup à l’international, c’est en France qu’ils sont le plus diffusés grâce à un accord officiel de co-production. La structure de co-production détermine d’ailleurs la diffu- sion : plus l’équipe est diver- sifiée, plus le film sera diffusé dans différents endroits.

Demande internationale

« C’est un cinéma en pleine expansion » avec, depuis cinq ans, des focus sur le cinéma libanais un peu partout : « au Mexique récemment, territoire inexploré pour nous avec une très grande diaspora libanaise. Il y a un festival du cinéma liba- nais au Canada, en Australie, etc. » Cela déclenche une de- mande et une curiosité envers ce cinéma et ses jeunes réali- sateurs « tous genres cinéma- tographiques confondus », il y a « beaucoup de parité dans le cinéma au Liban.» Autant d’hommes réalisateurs que de femmes réalisatrices. Idem pour les chefs opérateurs, les ingénieurs du son, les produc- teurs, etc. « Le cinéma n’étant pas un métier pris très au sé- rieux par les Libanais, chacun et chacune était libre de faire ce qu’il et elle voulait » nuance Myiam Sassine qui est égale- ment la directrice du Maskoon (hanté en arabe) Fantastic Film Festival, premier festival du monde arabe à se concentrer exclusivement sur le cinéma fantastique, créée en 2016. A la réalisation, c’est une Libanaise qui est la plus connue : Nadine Labaki a reçu le prix du jury à Cannes en mai 2018 pour Capharnaüm.​